La vallée d'Ossau :              
                 Culture et Mémoire


LE PONT - LONG
Durant le Moyen-Âge


n 1221, Guillaume-Raymond de Moncade, vicomte de Béarn, octroya à la vallée d'Ossau une charte connue sous le nom de For d'Ossau. Il profita de cette circonstance pour agrandir son domaine de Pau.
A sa demande, les montagnards lui abandonnèrent le terrain occupé aujourd'hui par le Parc, le Château et la Haute-Plante. Par contre, des droits qui paraissaient fort anciens leur furent reconnus : « Les Ossalois ont la propriété en la salle du château, qui est de tenir le haut bout dans la dite salle, si on est trois ou plus en cour; de quoi ils sont en possession sans aucune contradiction.» (For 1221.)
   Ces diverses tractations démontrent, sans conteste, que les Ossalois étaient, en toute notoriété, les maîtres légitimes du Pont-Long.
   Dès le XIII° siècle commence pour eux l'ère des troubles et des difficultés dans la possession de cette plaine.
  A cette époque, le pays s'est notablement peuplé : Lescar comprend 187 feux, Mazerolles 27, serres'castet 54, Pau 128, pour ne nommer que quelques localités avoisinantes et en donnant au terme feu la signification qui le caractérisait dans le droit coutumier du Béarn.
  Tout un chapelet de villages se déroule donc sur les crêtes dominant la lande, l'environne comme pour en faire le siège, et c'est un véritable siège que subira la propriété ossaloise. Ces villages seront autant de places d'armes d'où partiront les assauts. Qu'on en juge.
  La pâture est belle au pied de la colline, avec large parcours et liberté; par contre, on est enserré sur les hauteurs, et le soutrage manque à la ferme. Or, voilà que tous ses avantages, pour ainsi dire inutilisés, s'étalent dans le Pont-Long, à quelques pas, à portée de la main, attisant les convoitises.
  En plus, le propriétaire est absent la moitié de l'année, retiré au loin, au fond des montagnes. Comment a-t-il pu s'installer en pays plat, au mépris du voisinage ? Son droit ressemble à une usurpation; quelle prétention de vouloir régir la lande à distance et faire défence aux riverains d'y entrer ! Sûrement, c'est une intrusion insupportable.
  Alors, chaque communauté, à l'envie, prétend se tailler une part du terrain attenant; elle s'adjugera le droit de pâturage, de gîte, et de soutrage. Toutes marchent à la curée avec une véritable émulation. Nous citons les noms, car elles seront syndiquées plus tard, pour intenter des procès chicaniers à la vallée d'Ossau.
  Ce sont :
  Pau, Lescar, Morlaàs, Maucor, Denguin, Momas, Lons, Nousty, Sauvagnon, Caubios, Artigueloutan, Buros, Bougarber, Mazerolles, Idron, Ousse, Sendets, Poey, Lée, Bizanos, Serres-Morlaàs, Billères, Beyrie, Uzein, Serres-Castet, Montardon, Andoins, Siros, Aubin.
   Mais les montagnards font bonne garde; des vedettes vigilantes signalent le danger, et la riposte ne se fait pas attendre; des réactions violentes répondent aux incursions de voisins avides. Les Ossalois entendent rester maîtres de leur bien et ne subir aucune amputation dans leur patrimoine.
  Ce sont de rudes hommes, vêtus de bure grossière et de peaux de bêtes, portant la chevelure flottante, d'un aspect sauvage et terrifiant. Ils sont armés de lourdes haches, d'épées massives et d'arcs puissants. Ainsi équipés, ils ont une allure formidable. Enseigne déployée, ils descendent de leurs montagnes et tombent sur les envahisseurs. Ils leur font payer cher leurs empiètements et leurs pilleries.
  C'est une véritable guerre, accompagnée de violences et d'incendies. Les villages sont mis à sac, brûlés, et les habitants massacrés.
  Le Vieux For a gardé un souvenir lugubre de ces luttes et en fait mention : « Las gents de la terra d'Ossaù, senhes desplégats en Pount-Loung, é aqui coumetud trop excès, coum son morts, plagas, arsies.» 1277, Livre Rouge d'Ossau.
  Épisodes de guerres féodales, si fréquentes à cette époque, expéditions de représailles, expéditions punitives qui avaient rendu les montagnards redoutables. Ils en rapportèrent un méchant renom. Ils étaient tenus pour un peuple batailleur et quelque peut pillard. Marca s'est fait l'écho de cette male renommée lorqu'il écrit : « Avec une certaine liberté des peuples des montagnes, lesquels se confiant en leurs fortifications naturelles, ils devenaient aussi élevés, aussi sourcilleux que les rochers de leur pays, et ils croyaient, en quelque sorte, qu'il leur était permis de ravager et de butiner la campagne.»

  Mais si d'abord on avait respecté leur domaine, si on n'avait pas, au préalable, pillé leurs troupeaux errant dans le Pont-Long, et violenté les gardiens, les montagnards, sans doute, n'eussent pas été si sourcilleux et si agressifs. Pour trancher les différents, lorsqu'on n'a recours qu'à la violence, quelle sera la mesure, où s'arrrêteront les représailles ?
   Malgré la défense acharnée des montagnards, il dût y avoir de la part des voisins du Pont-Long des empiètements prolongés, amorces des servitudes futures.
   C'est que l'orage passé et les Ossalois rentrés dans leurs retraites, les campagnards revenaient à leurs habitudes et reprenaient possession pied à pied.
   Il semble que lorsque Guillaume-Raymond de Moncade vînt en Ossau en 1221, il eût la préoccupation d'éteindre ces querelles, d'apaiser ces conflits. Il était, en effet, seigneur souverain de la terre et il lui déplaisait de voir ses sujets en bataille et les champs dévastés.
   Le For d'Ossau s'exprime nettement à ce sujet dans le préambule : « Raymond entre en Ossau pour pacifier le different qui depuis longtemps existait entre ses prédécesseurs et les Ossalois sur les Fors et Coutumes existant entre lui et les Ossalois. »
   Apparemment il fut représenté aux Ossalois que pagager, gîter dans la lande, lorsque leurs troupeaux tenaient la haute montagne, ne leur était guère préjudiciable; que couper le soutrage, thuie ou fougère, qui, par ailleurs, séchait sur pied, ne pouvait ^tre qu'avantageux et non nuisible. Qu'au surplus, leur transhumance se faisait moins dense, car toute l'assiette de la vallée était maintenant cultivée, les défrichements grimpaient jusqu'aux cimes, la forêt reculait pour faire place à la prairie.
   Pour ne citer que la région de Laruns, le foin poussait dans le quartier Hiaas, au pied de Caubère, sur les pentes de Lars, au faîte d'Espoey. Sur la rive droite du gave, les prés d'Aas et Assouste touchaient à la Montagne Verte, et ceux de Louvie-Soubiron montaient jusqu'à Listo. L'habitat du montagnard devenait donc plus sédentaire, car les écarts se peuplaient. Gétheu avait 5 feux, Gèthre 7 et Listo3. Il s'en suivait qu'une partie du bétail pouvait hiverner dans la vallée et trouver pâture autour de la demeure et dans les fenils instaurés.
   Pourquoi, dès lors, poursuivre une guerre cruelle pour un objet superflu ? Y aurait-il donc si grande incommodité à se relâcher d'inflexibles rigueurs ? A coup sûr, on reconnaissait à la Vallée la possession complète du Pont-Long, mais, par amour de la paix, qu'on voulût bien tolérer un certain usufruit de la part des riverains.
   Pour amener plus facilement les montagnards à composition, le vicomte restreignit les privilèges accordés. En fait, la Vallée était reconnue comme une sauveté. D'après le For de 1221, si l'Ossalois entrait avec son butin dans la terre d'Ossau, il pouvait reparaître librement en Béarn sans crainte d'être poursuivi, sans être tenu de fournir des ôtages.
   En 1229, Raymond requit la Cour Majour de déclarer que les Ossalois seraient tenus, à l'avenir, de fournir caution pour les délits qu'ils commettraient. Les Ossalois firent opposition à cette instance. Par contre, la Cour Majour l'accueillit favorablement, attendu que le For général fut donné, dès le commencement, à toute la terre de Béarn, dans laquelle le Pont-Long est situé, et que, si les montagnards ne fournissaient pas d'ôtages, ils pourraient y commettre impunément toutes sortes d'excès, comme ils avaient fait dans le temps passé :« moult excès é daumadjes, coum an hèyt per lou tems passat »; ce sont les termes de l'acte.
   Souples, les montagnards ne se montrèrent pas rebelles aux remontrances de l'autorité. Il était de bonne politique de ne pas bousculer la puissance du Vicomte, mais plutôt d'entrer en composition. Dans ces circontances difficiles, ils cherchèrent des solutions pacifiques. Ils prennent pour arbitre l'évêque d'Oloron afin de « mettre fin à une grande guerre qu'ils avaient avec les habitants de Lescar à cause du pâturage du Pont-Long.»
   Cet acte établit la possession du Pont-Long par la Vallée et éclaire d'un jour particulier la nature des premiers démêlés.
   Une autre guerre encore eut lieu entre eux et les habitants de Pau au sujet de quelques terres que ces derniers avaient labourées, closes, ensemencées, et dont la clôture avait été détruite par les Ossalois. Des arbitres terminèrent le différend. Le sang avait coulé, plusieurs combattants avaient trouvé la mort dans la bataille. On promit de part et d'autre de tout oublier et de pardonner, et un accord intitulé « la paix de Pau » fut signé en 1277. Les habitants de Pau acquirent la faculté de labourer le Pont-Long depuis Laherrère jusqu'à l'Oussère et on convint que le reste de la lande continuerait à être vacant et inculte, et que les Ossalois en jouiraient conformément à leur coutume.
   Ce traité fut signé en l'église de Sainte-Foi de Morlaàs. Le Prince Gaston VII de Moncade figure au nombre des témoins. Sans doute, il n'eut pas souffert que les Ossalois eussent mis à feu et à sang le Pont-Long, si ce territoire lui avait appartenu.
   En toute occasion, les montagnards ne manquent pas de rappeler leurs droits de maître. Les pièces du procès intenté à l'Etat par la Vallée en 1828, attestent qu'en 1310, les Ossalois permirent aux communes de Serres et de Montardon de faire pacager leurs bestiaux dans certains cantons de la lande, sans pouvoir les conduire ailleurs sous peine de Carnal1. « Les Ossalois n'entendent, est-il dit dans l'acte, se départir en rien du droit attaché à leur antique possession.»

1. Carnal : droit de saisie et de confiscation du bétail.

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